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Mise à jour du 6 Janvier 2005

Tsunami : nous sommes concernés

Depuis 3 jours, ‘Future School', école d'Auroville, est fermée, ses 40 étudiants et 8 professeurs étant engagés dans le nettoyage de villages, principalement celui de Ganagachettikulam, un des plus durement touchés parmi les communautés côtières de pêcheurs. Tout d'abord, les villageois les observèrent de loin avec une curiosité parfois teintée d'hostilité, mais quand ils virent l'enthousiasme des enfants auroviliens, certains d'entre eux se joignirent au travail de nettoyage. Jeudi, Chali, un professeur américain, travaillaient avec ses étudiants lorsqu'elle fut abordée par une femme tamoule âgée : elle avait perdu ses bijoux dans sa maison qui s'était écroulée ; « Voudriez-vous essayer de les retrouver ? » demanda-t-elle. Chali et ses étudiants se mirent à déblayer la maison de ses débris et, surprise, derrière un mur écroulé, ils trouvèrent la boîte, intacte, avec tous les bijoux. Imaginez la joie de cette femme et de sa famille : « Ça fait plaisir, dit Chali, on s'est dit qu'on avait vraiment pu faire quelque chose pour rendre un peu de bonheur à ces gens. » Cet épisode souligne une fois de plus à quel point il est important d'entrer en contact avec les villageois plutôt que de se contenter de venir distribuer de l'aide ou de l'argent pour disparaître une fois la photo prise.

Pendant ce temps là, une autre équipe, de Transition School cette fois (10 à 14 ans), s'affairait à nettoyer les plages d'Auroville jonchées de débris et de plastiques. A la surprise des aînés,  tout fut déblayé sur une longueur de 250 mètres en une matinée ! Les écoles de Mudiliarkuppam sont maintenant nettoyées et nous préparons la distribution des cahiers, stylos, etc., car les écoles gouvernementales doivent rouvrir le 10 janvier. Un peu plus loin, Auroson et son équipe sont allés ouvrir un nouveau front de nettoyage à Kalapet, un village de pêcheurs, encore plus pauvre que Gananchettikullam. Là, la même histoire s'est répétée : «  Tout d'abord, raconte Auroson, les villageois semblaient quelque peu suspicieux, mais progressivement ils se sont joints à nous et certains ont même recommencé à sourire. Nous avons vraiment senti que ce travail de nettoyage leur permettait de reprendre leur vie en mains, au lieu d'attendre du gouvernement la solution à leurs problèmes. »

Hier, nous avons démarré une nouvelle activité dans le cadre de notre ligne directrice : « nous nettoyons parce que nous sommes concernés ». Conscients que les besoins auxquels il faut répondre sont tout autant psychologiques que matériels, le Groupe des Femmes Auroviliennes tamoules visite les villages affectés, non avec des produits mais avec un cœur ouvert qui écoute et comprend. Elles n'étaient pas très sûres de l'accueil qui leur serait fait, pensant que les gens demanderaient surtout de l'argent ou des choses matérielles, mais c'est l'opposé qui se produisit. « Nous avons parcourus les rues du village, se rappelle Bhavana, une des responsables du Groupe Aurovilien d'Action pour les Villages, et nous pouvions voir la taille des maisons qui se réduisait à mesure que nous nous rapprochions de la mer. Les plus riches avaient bâti leurs maisons loin du rivage il y a longtemps, alors que les plus récentes et les plus pauvres n'avaient pu être construites que près de l'eau. Un bateau, entraîné par la vague, avait atterri au milieu d'une de ces rues bordées de jolies maisons. Quant aux dernières rangées de maison, faites de boue et de chaume – il n'en reste à présent que quelques tas de chaume et la trace de quelques murs – tout a été balayé. Nous nous étions donné comme unique mission d'écouter, aussi avons-nous demandé aux gens comment ils allaient, ce qui était arrivé, et écouté leurs histoires. Un jeune homme s'était retrouvé devant le dilemme de sauver soit ses enfants soit son père. Il choisit ses enfants et parvint aussi à mettre son père en sécurité. Mais à présent ils n'ont plus rien : les murs de leur maison sont encore debout mais les flots ont emporté tout ce qui était à l'intérieur laissant derrière eux un chaos de boue et de débris. »

Les pêcheurs ont aussi expliqué à Bhavana et à son équipe que le gouvernement avait interdit la pêche pour une durée de trois mois (sans que l'on en sache clairement la raison : les poissons ne sont-ils plus bons ? L'eau menace-t-elle de monter à nouveau ?) – « alors nous ne pouvons pas retourner au travail ». L'école étant également fermée pour une ou deux semaines supplémentaires, il y a un grand besoin d'activités. Pour parer au plus pressé, nous avons fourni balles et ballons pour les enfants et les jeunes.

Quand Le Groupe d'Action pour les Villages est revenu à Auroville, ses membres se sont réunis pour évaluer leur action. Tous estimèrent que l'expérience avait été positive et il fut décidé de la refaire aussi souvent que possible. Les femmes rapportèrent la gratitude exprimée par les gens qui avaient été visités, certains tenant à dire à quel point ils appréciaient Auroville. Ils avaient, disaient-ils, toujours célébré la mer dans leur temple, car c'est elle qui porte les bateaux, leur donne le poisson et le moyen de vivre, mais à présent qu'elle semble s'être retournée contre eux – peut-être parce qu'ils avaient cessé de se soucier des autres, du Divin – n'est-ce pas Auroville qui emplit leur temple de bonnes choses (les seaux, matelas, cahiers, malles, etc. avaient été amenés l'après-midi même dans le temple en attente de leur distribution) ? Il faut être reconnaissant à l'égard d'Auroville, disaient-ils.

Sur un plan plus pratique, toutes les communautés d'Auroville du bord de mer qui ont été affectées ont toutes été visitées. Les requêtes et besoins individuels ont été évalués. Les ressources nécessaires ont été mis à contribution pour refaire les clôtures, effectuer les petites réparations d'urgence, remettre en état des logements, les pompes à eau. Les autres besoins sont en cours d'évaluation. Un soutien financier sera fourni à toutes les personnes qui en auront besoin. Des pompes ont été installées pour purifier l'eau des puits, dont le niveau de salinité descend et semble ne représente plus un danger. Le relogement des sans-abri est en cours.

Bientôt, L'Opération de Secours Aurovilienne va entrer dans la phase de réhabilitation proprement dite. Les premières réunions ont eu lieu et plusieurs groupes de travail se sont formés pour prendre en charge le relogement, la reconstruction, l'hygiène, etc. Nous avons commencé à prendre contact avec les ONG travaillant dans d'autres districts pour une meilleure coordination de nos actions d'assistance et de réhabilitation. Déjà, des contacts ont été établis avec les principales ONG à travers la cellule de coordination de Nagapathinam. Le Groupe Aurovilien de Secours est en liaison quotidienne avec le gouvernement local, les administrations et le ‘District Collector'.

Nous avons aussi eu une réunion entre les responsables de village et le Groupe de Secours d'Auroville. Nous avons présenté le travail accompli jusqu'à présent. Les dirigeants ont déclaré qu'ils seraient très heureux de nous aider. Ils souhaitent appuyer nos efforts, particulièrement dans le domaine de la remise en état des logements. Finalement, ils ajoutèrent qu'ils souhaitaient avoir des réunions régulières avec nous pour établir de meilleures relations et résoudre certains problèmes auxquels ils doivent faire face, ce que nous avons accepté.

En fin de compte, il vrai que, sans vouloir nous vanter, la façon dont les Auroviliens ont réagi au tsunami a gagné l'estime de la population locale d'une manière qu'aucune agence de relation publique n'aurait pu égaler. Cette réaction était si sincère que les gens simples pouvaient vraiment la sentir : nous venons parce que nous nous sentons concernés. Certes, nous pouvons donner des choses aux villageois mais nous voulons aussi prendre leur mains et les regarder dans les yeux.

FG