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Groupe de secours aux victimes du tsunami : « s’engager c’est nettoyer, assister et rebâtir »

À Ganagachettikullam, un des villages les plus affectés de la région de Pondichéry, une vieille dame qui avait perdu son bébé pleurait sans arrêt. « J'ai simplement pris sa main dans la mienne et laissé le langage du corps dire ce qu'il y avait à dire » témoigne Phoenix, une volontaire du Programme d'Auroville de Réhabilitation.

Auroville, la cité internationale inspirée par l'enseignement de Sri Aurobindo et de la Mère, située près de Pondichéry, a été la première à entrer en action. Le 26 décembre 2004, deux heures à peine après que le premier tsunami ait déferlé, une cellule d'urgence fut créée dans la maison de deux Auroviliens, Paul Pinton et Laura. On décida d'installer immédiatement un camp pour les victimes du raz-de-marée. Trois jours plus tard, Auroville réalisa qu'au-delà des premiers secours, il fallait organiser la réhabilitation. Un bureau fut équipé avec ordinateurs, fax, et e-mail ; le Service Financier d'Auroville fut mis à contribution pour canaliser et comptabiliser les donations qui commençaient à affluer (voir l'encart). Deux équipes furent formées pour évaluer la situation sur le terrain.

L'engagement d'Auroville en faveur de la réhabilitation est une prise de responsabilité s'exprimant dans trois domaines : nettoyage, assistance psychologique et reconstruction.

Déblayer et nettoyer les villages :
« Déblayer et nettoyer les villages affectés représente plus qu'il n'apparaît, nous dit Alok, l'un des coordinateurs, nous établissons un lien avec les villageois, nous travaillons avec eux, leur montrons que nous nous sentons concernés par ce qui leur arrive et qu'on ne vient pas seulement distribuer des biens ou de l'argent pour disparaître une fois la photo prise. »

De nombreux élèves des écoles d'Auroville ont pris part dans aux nettoyages, et ce dans les communautés de pêcheurs des villages les plus durement touchés. Les villageois les observèrent tout d'abord avec une certaine curiosité, parfois teintée d'hostilité, mais quand ils virent l'enthousiasme de ces jeunes Auroviliens, certains d'entre eux se joignirent au travail de nettoyage. L'une des classes – des enfants de 10 ans – ont ensuite été invités à écrire sur ce qu'avait été leur expérience, plus particulièrement sur leurs motivations, leurs activités et leurs sentiments pendant et après le travail. Ainsi, une jeune Hollandaise a écrit : « Jeudi, je suis partie avec ma classe à la plage pour aider à nettoyer les débris laissés par le tsunami. Nous voulions vraiment aider parce que cela m'avait beaucoup attristée de voir les gens pleurer dans les rues ou près de leur maison détruite et d'avoir entendu tant d'histoires terribles. J'ai senti dans ma poitrine quelque chose qui me disait que je devais faire quelque chose pour aider à nettoyer les résidus… Parfois, les gens pensent aux enfants comme à des êtres irresponsables, ou incapables de faire des choses par eux-mêmes. Je trouve cela plutôt frustrant. Alors je voulais montrer que je me sentais personnellement concernée par ce qui était arrivé et faire quelque chose pour aider. »

Assistance psychologique
Conscient que les besoins auxquels il fallait répondre étaient tout autant psychologiques que matériels, le Groupe Aurovilien de Femmes, constitué d'Indiennes et d'Occidentales, vinrent dans les villages non pas pour amener des choses matérielles mais pour être à l'écoute des sinistrés. Elles n'étaient pas très sûres de l'accueil qui leur serait fait, pensant que les gens demanderaient surtout de l'argent ou des objets, mais c'est l'opposé qui se produisit. « Nous avons parcouru les rues du village, se rappelle Bhavana, une des responsables du Groupe Aurovilien d'Action pour les Villages, nous pouvions voir la taille des maisons qui s'amenuisait à mesure que nous nous rapprochions de la mer. Les plus riches avaient été bâties loin du rivage il y a longtemps ; un bateau, apporté par la vague, avait atterri au milieu d'une de ces rues, bordée de jolies maisons. Des habitations les plus récentes, faites de boue et de chaume, construites près de la plage – il n'en reste que quelques tas de chaume et le souvenir de quelques murs – tout a été balayé. Nous nous étions donné comme seul objectif d'écouter, aussi avons-nous demandé aux gens ce qui leur était arrivé, et avons écouté leurs histoires. Un jeune homme s'était retrouvé devant le dilemme de sauver soit ses enfants, soit son père. Il choisit ses enfants et parvint aussi à mettre son père en sécurité, mais à présent ils n'ont plus rien. Une autre femme était si traumatisée qu'elle prit la main de Phoenix, une Aurovilienne, et ne voulait plus la lâcher. » Ce travail ne fait que commencer et demandera plusieurs mois. Deux experts en assistance psychologique sont venus de Bangalore pour accompagner ce travail. Mais il y a un fossé entre l'aide fournie jusqu'à présent et les besoins qui restent à couvrir en matière d'assistance psychologique.

Chaque jour, de retour à Auroville, les femmes du groupe se réunissent pour évaluer leur action. Là, elles partagent leurs impressions et relatent la gratitude que les villageois expriment à l'égard d'Auroville. « Ils disent que dans leur temple ils ont toujours célébré la mer, se rappelle Bhavana, car c'est elle qui porte leurs bateaux, leur donne les poissons et le moyen de vivre, mais il leur semble maintenant qu'elle s'est tournée contre eux – peut-être parce qu'ils ont cessé de prêter attention aux autres… À présent, ils voient des gens qui viennent vers eux et les écoutent, d'où la gratitude qui s'exprime à l'égard d'Auroville. »

Reconstruction
Soixante deux lakhs (6.200.000) de roupies ont été reçues à ce jour pour le Fonds d'Auroville de Réhabilitation, dont 9 à 10 lakhs ont d'ores et déjà été dépensées. Vingt et une lakhs et demie ont été reçues pour les communautés côtières d'Auroville, qui ont aussi beaucoup souffert, dont 3 ont déjà été dépensées. Auroville dispose d'un grand savoir-faire en matière d'habitat écologique, fondé sur l'utilisation de briques faites de terre locale compressées et de 5% de ciment. Ces briques ont montré qu'elles étaient à la fois économiques, fraîches, imperméables et résistantes aux termites. Les architectes d'Auroville et les planificateurs urbains sont maintenant prêts à mettre leur savoir-faire au service de la réhabilitation des logements dans tous les villages côtiers pondichériens. Lors d'une réunion, il fut décidé que les fondations des futures maisons seraient réhaussées et intégreraient certaines innovations pour permettre à l'eau de s'écouler en cas de raz-de-marée.

Mais pour passer à la réalisation pratique, Auroville a besoin de l'aide du gouvernement du Tamil Nadu, ainsi que de la coopération du Secrétaire de la Fondation pour Auroville, M. Sharma, haut fonctionnaire à la retraite, nommé à ce poste par le gouvernement central.

 

François Gautier, Auroville